Vouloir parler du crossing-over impose normalement d’introduire quelques termes de génétique qui sont rebutants pour beaucoup d’amateurs. Je vais pourtant essayer de faire le moins compliqué possible et pour cela je vais résumer pour que le phénomène soit compréhensible.
Dans nos élevages d’oiseaux indigènes quand un jeune oisillon sort de l’œuf, c’est le résultat d’une couvaison de plus ou moins quinze jours. Tout les éleveurs ont déjà miré un œuf pour savoir si l’œuf était « bon ». Que s’est-il passé dans cet œuf au tout début de la couvaison ? Pour faire simple, tout le monde sait que le mâle a dû féconder la femelle, mais après ? Nous savons que l’oisillon est le fruit d’un travail commun donc il reçoit la moitié de son papa et la moitié de sa maman. Au départ il y a un ovule contenant toutes les informations génétiques de la mère et un spermatozoïde contenant toutes les informations génétiques du mâle. Pour faire simple, on peut dire que toutes les cellules, composant l’être vivant qu’est le petit oisillon, contiennent une moitié venant de papa et une moitié venant de maman.
Pour arriver à un oisillon viable, il faut une multiplication importante des cellules du départ. Chaque fois en reprenant moitié de maman et moitié de papa. Ces nouvelles cellules sont créées par recopiage successifs des différents caractères. Pendant ces recopiages il arrive que des erreurs se glissent, sans pour autant que l’être n’en devienne moins viable. En fait, ces différentes erreurs font que chaque être est différent dans son apparence ou dans ses gènes. (phénotype, génotype).
Ces erreurs sont appelées crossing-over.
Le seul crossing-over qui nous intéresse, nous les éleveurs, est celui qui survient quand nous accouplons un mâle qui possède au moins un gène muté de couleur différente sur chacun de ses chromosomes X.
Pendant le recopiage SI l’erreur se produit, un des deux gènes mutés peut passer sur l’autre partie du chromosome. A ce moment, nous avons donc un X qui au lieu d’avoir un seul gène muté, en possède soudain deux. Par contre l’autre X redevient subitement de type ancestral puisqu’il ne contient plus de gène muté.
Partons maintenant d’un exemple vu précédemment dans l’article 2 :
Nous avons un mâle porteur de brun et porteur d’agate et une femelle ancestrale
Xbr Xag , Xn Y
1,3 Xbr Xn mâle porteur de brun
2,3 Xa Xn mâle porteur d’agate
1,4 Xbr Y femelle brune
2,4 Xag Y femelle agate
Si le phénomène de crossing-over se produit, la formulation du génotype du mâle devient de ce type :
Xbr ag Xn , avec la même femelle ancestrale Xn Y voyons les résultats que nous pourrions obtenir :
Xbr ag Xn , Xn Y
1,3 Xbr ag Xn mâle ancestral porteur sur le même chromosome X des deux facteurs mutés brun et agate
2,3 Xn Xn mâle ancestral
1,4 Xbr ag Y
2,4 Xn Y femelle ancestrale.
Volontairement, j’ai omis de mettre un nom sur les femelles issues de 1,4. Comment pourrions-nous les appeler, en fait c’est un oiseau qui cumule les effets des deux caractères. Donc c’est une femelle qui est encore plus diluée qu’une brune normale puisqu’elle cumule le gène muté agate. Lors de la première apparition de ce type d’oiseau mutant, on a « commis » l’erreur de donner à cette nouvelle mutation le nom d’isabelle. Il aurait été plus juste à mon avis de l’appeler plus simplement brune agate. Pourquoi ? Simplement parce qu’elle n’est qu’une combinaison, une super position de 2 mutations. Pour toutes les autres combinaisons de mutations qui ont suivi, plus raisonnablement elles ont été dénommées par la juxtaposition des noms des mutations. Nous avons donc la brune pastelle, l’agate pastelle, l’isabelle pastelle,…
Il est facile de remarquer que le crossing-over a eu lieu quand nous avons une femelle isabelle dans notre nid. Mais il faut penser que l’on peut avoir également moins de chance et que le crossing-over nous donne une femelle ancestrale fille d’un mâle double porteur.
Pire encore, puisque nous pouvons également avoir des mâles ancestraux ou des mâles porteurs isabelle. Il est aisé de comprendre que quand la fortune veut bien nous donner un porteur isabelle au lieu d’un simple porteur agate ou simple porteur brun, aucun éleveur ne rouspètera auprès du vendeur de l’oiseau. Mais qu’en sera t-il dans le cas contraire ?
Pour ma part, je dirais qu’il faut toujours être prudent et toujours demander de quel accouplement est issu l’oiseau présenté à la vente. Il faut toujours préférer un oiseau qui a reçu les caractères mutés de sa mère. Puisque la femelle n’a qu’un seul X et donc celui-ci ne se dissocie jamais.
Si, par hasard, les résultats ne sont pas ceux escomptés par le mâle acheté, il est bon d’analyser la globalité de ces résultats. Le nombre de jeunes issus pourra être un facteur important, il est évident que si vous obtenez 5 femelles ancestrales d’un mâle porteur brun et porteur agate (double porteur), vous êtes tout à fait en droit de réclamer auprès du vendeur et de lui réclamer un dédit. Sans pour cela jeter l’opprobre sur sa personne, car il a droit à la présomption d’innocence, car si vous regardez les résultats, personne n’est sensé deviner que le crossing-over s’est produit négativement ou positivement pour l’oiseau que vous avez acheté ou élevé. Si l’éleveur est hélas coutumier du fait, tirez-en les conclusions qui s’imposent et ne traitez plus avec lui.
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