Les produits et médicaments utilisés dans mon élevage indigène.
Pour ou contre, rares sont les sujets qui entraînent autant de polémiques que les médicaments chez les éleveurs d’oiseaux indigènes.
Celui qui me dit actuellement qu’il se refuse à tout traitement quel qu’il soit dans son élevage est pour moi un idiot, ou un menteur. Souvent, j’ai entendu des discours du genre : « dans le temps, on gardait bien les oiseaux sans leur donner tous ces trucs ». Moi je dirais qu’il y a quarante ans, les rhumes de foin, les allergies étaient rarissimes. Moi, qui détestais l’huile de foie de morue, je remercie les firmes pharmaceutiques qui ont donné aux parents des vitamines aux goûts de fraises ou d’orange pour leurs petits bouts. Il est loin le temps ou les moineaux, étourneaux, linottes nichaient par dizaines à la ferme familiale, actuellement je n’aurais pas besoin de mes dix doigts pour compter les nids. Il vaut vivre avec le progrès, et si des moyens existent pour nous aider à conserver nos oiseaux en bonne santé, il serait ridicule de ne pas en profiter.
La situation a totalement changé durant les dernières décennies, nous devons l’accepter et adapter notre hobby en fonction de ce malheureux constat. Il serait évidemment plus agréable de pouvoir pratiquer l’élevage sans devoir traiter nos installations et nos oiseaux.
Dans beaucoup de forums, j’ai remarqué que beaucoup d’éleveurs français, souvent des personnes qui désirent se lancer dans l’élevage d’indigènes, dénigrent les éleveurs belges en mettant tous les éleveurs dans le même sac et en les traitant de pharmaciens…
Personnellement, je le dis clairement, certaines espèces d’oiseaux sont plus sensibles que les autres et cela surtout dans leur première année de vie. Et j’ajouterais même que les femelles me semblent plus sensibles que les mâles. Moi qui élève du pinson, je peux carrément ne pas traiter ces oiseaux mais le pinson est insensible de nature à toutes les maladies les plus courantes des fringillidés. Le sizerin peut lui aussi être considéré comme espèce rustique. Mais, il est bien connu que les jeunes verdiers doivent recevoir un traitement anti-coccidiose si l’on veut avoir une chance qu'il soit encore en vie au mois de septembre. Pour le chardonneret, le cini, le bouvreuil, la linotte mélodieuse ou jaune, le tarin le problème est moins critique que pour le verdier mais si l’éleveur n’est pas disposé à accepter la perte de la moitié de ses sujets entre la sortie du nid et le printemps, je lui conseillerais de faire preuve de sagesse et de traiter un minimum ses oiseaux de moins d’un an.
Une idée qui court aussi sur le net, et qui émanent souvent des éleveurs novices, est que les oiseaux belges meurent parce qu’ils ne reçoivent plus leur dope. Remettons les choses en place, et arrêtons de rigoler. Les sulfamides tels que ESB 30 ou Whytsin S ne sont pas de la cocaïne.
Je vais prendre un exemple pour vous démontrer l’absurdité de cette théorie. Prenons un jeune chardonneret né milieu juin, il est sevré à 25 jours et placé avec les autres jeunes de son espèce, vers l’âge de 40 jours. C’est à ce moment que les oiseaux reçoivent une première cure de sulfamides durant 5 jours. Supposons que l’espacement entre deux cures est d’une durée d’un mois. Au moment ou il passe dans les mains de l'acquéreur, disons mi-octobre il a donc reçu un maximum de 3 cures de 5 jours. En sachant que la dose utilisée pour les cures d’ESB est d’un gramme par litre, on peut raisonnablement penser que l’oiseau acheté mi-octobre aura ingéré au maximum un tiers de gramme de sulfamide. Si quelqu’un pense qu’un oiseau pourrait être drogué avec aussi peu de sulfamide, je lui conseille de ne jamais plus manger de poulet du commerce. Car lors de l’engraissement, les jeunes poulets reçoivent des sulfamides journellement durant les 45 à 60 jours et à des doses autrement plus élevées.
Maintenant, je vais vous livrer une petite théorie, qui me travaille depuis quelque temps. « Y aurait-il une possibilité que le stress puisse provoquer une montée subite d’inflammations diverses ».
Beaucoup de germes de maladies sont latents en nous, comme en nos oiseaux. Ils peuvent rester inactifs durant toute notre vie, leurs vies… Il suffit parfois d’un affaiblissement passager pour que ces germes perdent leur inactivité et qu’ils provoquent une maladie plus ou moins grave. ( N'allie t-on pas souvent l'émergence d'un cancer averc une dépression passagère).
Nos jeunes oiseaux, durant leur première année vont connaître une succession de nouvelles situations et à mon avis c’est tout à fait propice à engendrer du stress. Voici une liste incomplète de ces différents moments : Transport, capture dans le box, nouveau mélange, mise en communauté avec d'autres oiseaux, ou encore pire d'autres espèces, ...
Je prends exemple d'un bouvreuil ancestral qui n'a jamais vu de mutants depuis sa naissance. Il est en compagnie d'autres bouvreuils sans montrer le moindre signe de stress. Ouvrez la porte de son box et ajoutez-y une femelle bouvreuil brun pastel, vous allez assister à une corrida pendant laquelle tous les oiseaux du box vont se précipiter contre les parois de treillis... C'est pour éviter ce genre de problèmes que je place toujours différents phénotypes ensemble dans le box de mes jeunes oiseaux. J'évite peut-être ainsi un problème de non-reconnaissance du partenaire pour le printemps suivant.
Je ne suis pas un oiseau, je ne sais pas s'il réagit à la couleur de son partenaire, mais je trouve qu'il est assez simple d'éviter le possible problème en créant la "mixité" dès la naissance.
Nous voici à l'orée de la saison, un moment délicat va se présenter chez nos compagnons. Les jeunes oiseaux de 2006 vont graduellement voir leur activité hormonale augmenter et c'est une période ou ils seront très sensibles aux maladies. Si les mâles sont encore en volière commune, il y aura des bagarres pour la dominance du groupe. Un jeune mâle placé dans un groupe d'anciens sera plus succeptibles d'être toujours houspillé par les anciens et cela peut l'affaiblir à un point tel qu'il peut partir en crise.
Les oiseaux peuvent être très vicieux entre eux, savez-vous que le dominant du box peut parfois se livrer à une "mise à mort lente" pour garder son trône. Et cela même dans des espèces réputées comme sociables. Voici sa tactique: il va se choisir une première victime, il va le poursuivre systématiquement, de telle sorte que le dominé ne puisse pas s'alimenter normalement durant une grande partie de la journée. Le dominé va être stressé et va s'affaiblir car il ne pourra pas s'abreuver normalement. En peu de temps, l'oiseau va partir en crise et cela peut le conduire à la mort en moins de 3 jours. Ensuite le dominant va se chercher une autre victime...Il arrive même que même le dominant, perde également la santé s'il joue ce petit jeu trop longtemps au moment du mûrisement de ses gonades.
Il arrive aussi qu'un brusque refroidissement de la température lors de la mise en condition du couple lance les oiseaux dans une crise dangereuse pour leur futur.
C'est pour cette raison que je préfère ne pas commencer mon élevage trop tôt en avril.
A suivre.
Copyright AERTS Ghislain 2007