L’utilisation des femelles de soutien en élevage.
Utiliser une femelle d’une espèce commune pour élever des oiseaux plus prisés a toujours existé. En canariculture, beaucoup d’éleveurs procèdent de cette manière ; les éleveurs de Gould utilisent couramment des moineaux du Japon comme couples de substitution. En élevage indigène, les femelles de canaris, les femelles de métis de chardonnerets sont très souvent utilisées comme mères adoptives. Que penser de cela ? Les éleveurs procédant de cette manière sont-ils de mauvais éleveurs, ou sont-ils des éleveurs mercantiles ? Personnellement, je ne me permettrais pas de les juger. Pas même de les interroger sur leur façon de faire. Quand je veux acquérir un chardonneret, je me rends chez un éleveur et j’ouvre grand mes yeux, je le questionne sur le type de mélange, de pâtée, de colorant, de médications, … qu’ils utilisent mais jamais je ne leur demande s’ils utilisent des canaris comme parents adoptifs. Je m’intéresse plus au type de box, d’éleveuses, de bouteilles ou d’abreuvoirs. Pourquoi ? Simplement parce que pour moi, l’important n’est pas là, l’oiseau va entrer dans mon élevage et c’est moi qui vais l’amener à devenir un bon oiseau d’élevage.
Je ne veux pas laver plus blanc que blanc. Personnellement si j’acquiers un couple d’oiseau de grande valeur, je trouve ridicule si ma femelle se lance dans une ponte, de mettre toutes les chances dans le même panier. Je ne connais pas les qualités ou les défauts de ma femelle donc je préfère placer ses œufs ou une partie de ses œufs sous une femelle canari et laisser ma femelle chardonneret couver et élever des canaris. Il est raisonnable de penser que la femelle canari élevera les jeunes chardonnerets sans problème. Et pourtant parfois… Pour exemple, l’année passée une de mes plus belles femelles chardonneret de ma saison 2005 m’a élevé 4 beaux ...canaris opales pendant que la femelle canari choisie par moi pour la remplacer, a lamentablement laissé crever les jeunes chardonnerets. Mais la leçon était comprise et c’était cela l’important. Ma femelle chardonneret était une bonne mère et ses filles devaient être gardées précieusement. En deuxième nichée, j’ai laissé aller les choses et j’ai eu 4 beaux jeunes élevés sous chardonneret. Je crois qu’un éleveur doit se faire sa souche propre et pour cela, il doit chercher son style d’élevage, …
Peut-être ais-je plus de facilité à accepter ces choses, parce qu’étant fils de fermier, je sais depuis toujours qu’un éleveur ne laisse jamais partir que le surplus de son élevage et qu’il se garde toujours la meilleure souche pour la continuation de la bonne conduite de son élevage. Il est donc normal pour moi qu’il soit beaucoup plus facile d’acheter des mâles de bonne taille, que des femelles …Pour la création de ma souche de femelles, je ne fais donc confiance qu’à moi-même. L’élevage de mes pinsons qui ne permet pas l’usage de femelles de soutien m’a appris que même les meilleures femelles d’un élevage n’acceptent pas toujours aisément la « transplantation » dans un autre style de « cantonnement » chez un autre éleveur même confirmé . Je crois également que même dans la nature une jeune femelle de quelque espèce que ce soit, élevée dans un buisson d’aubépines à un mètre du sol, ne choisira pas de construire son nid à 15m de hauteur. Il faut donc que j’accepte d’avoir beaucoup de recherches à faire pour comprendre comment fonctionneront au mieux les femelles fraîchement acquises dans mon élevage.
Souvent les éleveurs de canaris qui font l’acquisition de femelles en provenance d’autres élevages, lancent les pires sarcasmes contre les vendeurs quand les résultats de leurs achats ne sont pas ceux qu’ils escomptaient.
Cette année, vu le changement des lois françaises sur la détention d’oiseaux indigènes, de nombreux éleveurs sont venus acheter des chardonnerets en pensant acheter des oiseaux domestiqués comme le sont les canaris d’élevage. Il est donc aisé, connaissant les difficultés que le seul maintien en bonnes conditions de chardonnerets de moins d’un an impose, de voir naître sur différents forums toutes sortes de plaintes tournant autour des « mauvais éleveurs » vendant des oiseaux élevés sous canaris…
Mais la vérité est que finalement peu importe qu’elles aient été élevées sous chardonneret ou canari, l’important est de les préserver en bonne santé et de les lancer au moment opportun en élevage, en leur apportant les protéines nécessaires. Ensuite, mettre les œufs sous leurs vraies mères ou sous une mère adoptive est purement anecdotique si et seulement si ces mères ne sont pas porteuses de germes mortels pour les oisillons.
Le bon éleveur sera en fait celui qui parviendra années après années à amener une majorité de ses femelles à faire deux ou trois pontes annuelles et à conserver ses femelles des années durant. Et il faut bien admettre que ce type d’éleveur n’est pas toujours courant même en canariculture.
Travailler et retravailler sa souche devrait être le mot d’ordre de tout éleveur, croire que l’on peut acheter le nec plus ultra chez les autres relève de l’utopie pure. En chardonneret, plus encore que dans les autres espèces, tout nouvel amateur devrait commencer par de l’ancestral, et ensuite quand les résultats suivront, années après années, d’acheter un ou deux mâles mutants.
Le problème de beaucoup d’éleveurs est également la surpopulation de l’élevage, le nombre de couples de même espèce… Il est pour moi évident que nos mâles indigènes sont très souvent responsables de grand nombre de problèmes lors de la saison d’élevage. Ils n’ont rien à faire parfois qu’à écouter leurs voisins « s’envoyer » en l’air, il est donc compréhensible qu’ils soient parfois enclin à mettre la pagaille dans le box pour avoir eux aussi leurs parties de « pattes en l’air ». Il est donc compréhensible que certains préfèrent mettre les œufs à l’abri sous femelles canaris. Peut-on parler de mercantilisme, je ne crois pas.
Moi je crois plutôt que les éleveurs qui font des bénéfices avec l’élevage d’oiseaux se comptent sur les doigts d’une main. Et seuls les jaloux qui ne parviennent pas à produire les oiseaux en suffisance pour éponger leurs pertes hivernales, ou celles dues à la période critique de la mue, lancent continuellement des rumeurs à l’encontre des plus habiles ou simplement plus soigneux.
L’élevage, cela ne s’apprend que difficilement et toujours par essais, désillusions et ensuite corrections pour trouver la bonne formule. Les bons résultats ne sont que rarement le fruit du hasard, certains éleveurs réussissent dans tous les types d’espèces dont ils essayent l’élevage, d’autres n’auront jamais que leurs yeux pour pleurer. Evidemment, le facteur temps consacrable à son hobby(loisir/travail) vient aussi influencer le facteur réussite. Les retraités auront toujours une longueur d’avance, mais même cela n’explique pas toujours tout.
AERTS Ghislain
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