La qualité des oiseaux indigènes.
Dernièrement une lectrice me demandait de juger un de ses oiseaux sur photos, bien que je rechigne fortement à donner mon avis sur la base d’un document photographique, j’ai trouvé qu’il serait intéressant de partir de cet exemple pour écrire un petit article sur la qualité des chardonnerets qui sont parfois proposés à la vente. L’oiseau de ma correspondante, je l’avais déjà aperçu sur divers forums et notamment sur celui de mon club d’élevage : EUROBIRD. J’ai demandé et obtenu l’accord pour l’insertion des photos dans mon blog. ELle préfère rester anonyme, c'est son choix. Elle me demandait un jugement sur son oiseau, et surtout elle aurait voulu savoir s'il y avait une grande probabilité que cette femelle soit porteuse tête blanche. Ma réponse je l'ai formulée par mail car je n'affirme que ce que la génétique des parents peut confirmer et je répugne à porter un avis sans voir l'oiseau en réalité. Finalement, comme toujours, seule la réussite de l'élevage apportera peut-être la réponse... Il ne sert à rien de faire des plans sur la comète, il faut avoir des jeunes et les garder jusqu'au printemps suivant pour pérenniser ses résultats.




Dans une première réponse par mail, j’avais pris pour exemple l’élevage et la qualité des canaris. Je ne savais pas que ma correspondante était en fait une éleveuse et exposante (de canaris de couleur de très bon niveau) et elle a donc d'autant mieux capté les nuances que j’avais voulu lui faire comprendre en parlant de l’élevage de canaris.
Elever des canaris est à la portée de quiconque mais élever des canaris champions c’est une autre histoire. Beaucoup d’acquéreurs néophytes de chardonnerets qui se rendent à des bourses pensent qu’en élevage indigène la qualité d’un oiseau se mesure à la taille du sujet. Bien loin s’en faut. En fait sur une bourse, il y a très peu de sujets issus de sélection intéressante. La grosse majorité des oiseaux, sont en fait le résultat d’accouplements dirigés vers l’obtention immédiate de sujets mutants. Souvent, des mâles doubles porteurs brun et agate sont utilisés car ils permettent d’obtenir une totalité de femelles mutantes. Personnellement, je pense que l’usage du porteur brun et agate se justifie quand la mutation isabelle n’est pas encore présente dans cette espèce d’oiseau. Car après, si l’on réfléchit un peu, il est évident qu'un double porteur ne peut donner de bonnes femelles des 2 types. Moi, je crois que si un éleveur veut obtenir de bons sujets il doit limiter le nombre de mutations différentes dans son élevage. Il est impossible de travailler toutes les mutations car elles demandent un travail bien spécifique. Et un bon brun ne s’obtient pas dans une souche d’agate et vice versa. En canariculture, les éleveurs ont déjà tendance à se spécialiser et se consacrent à 3,4 types d'oiseaux. Il est donc compréhensible qu'en indigènes tout éleveur qui veut faire de la qualité doit choisir s'il ne veut pas se retrouver avec une trentaine de couples.
Pourquoi alors que ce concept est aisément compris par les canariculteurs, les éleveurs de chardonnerets s’obstinent-ils quasi tous à essayer de détenir un maximum de phénotypes différents ? Il y a deux raisons possibles, soit l'appât du gain (Mais souvent ils déchanteront car rarissimes sont les éleveurs qui en fin de saison peuvent dire qu'ils ont gagné de l'argent avec leurs oiseaux. et de plus, cet argent, ils le dépensent pour acheter des mutations autres en espérant faire mieux l'année suivante... Soit la recherche de l'oiseau dernier cri avec l'espoir fou de voir sortir une mutation nouvelle dans leur propre élevage....
Moi, par sentiment uniquement esthétiquej’ai choisi de me spécialiser en mutation agate et j’ai donc laissé partir mes bruns.
Voici ma conception de la sélection, que je vais tenter de mettre en oeuvre dans mon élevage, elle me semble idéale pour le nombre de couples que j'accepte d'héberger et pour obtenir des bons sujets dans la mutation agate.
Actuellement je travaille avec des porteurs sur femelles mutantes et avec des mâles purs sur des femelles ancestrales pour me faire des porteurs et des femelles de bonne taille. Ces femelles première génération n’auront pas la blancheur des bons agates mais je dois d’abord me créer une souche de femelles de taille respectable. C’est introuvable sur le marché, et je crois personnellement que tout éleveur ne doit compter que sur lui-même pour se créer sa souche de femelles. Ensuite avec mes femelles j’aurais tendance à essayer de travailler comme le font les éleveurs italiens, purs sur purs. Cela demande une grande surveillance des lignées et d’avoir des oiseaux de bonne taille au départ. Mais la robe blanche de l’agate ne supporte que très moyennement l’usage de sujets ancestraux et je pense que pour sortir des agates très blancs de poitrine soit travailler en pur soit travailler avec des mâles agates porteur de satiné ou agate porteur d’isabelle. Ces deux hypothèses, je dois encore les vérifier dans mon propre élevage. Mais elles me paraissent logique.
Si par contre j'avais choisi la mutation brune qui demande une charge maximale de couleur dans le plumage des sujets, il est aisé de comprendre qu'il est dès lors quasi interdit de travailler avec des couples purs car trop rapidement le plumage aurait tendance à s’éclaircir. A mon avis il est impératif d'avoir recours à des oiseaux en couleur ancestrale pour garder un maximum de couleur de fond.
Souvent on entend des amateurs qui déconseillent de travailler mutants sur mutants, pourtant en canariculture certains champions du monde travaillent de cette façon, il doit donc y avoir moyen de le faire en indigènes...
Copyright AERTS Ghislain